Le Temps qui Passe… Et Ce Qu’il Emporte Avec Lui

Il y a des matins où je me pose un instant, comme pour l’arrêter, pure utopie. Alors, je le regarde passer, inexorablement.

Silencieux, il file.

Je regarde mes deux filles : elles ont grandi si vite, mes cheveux, eux, ont pris un reflet plus sage, et certains silences sont devenus des absences. Oui, le temps passe, et parfois, il emporte plus que des heures. Il emporte des êtres chers.

Cinq ans déjà…

Cela va faire cinq ans que ma maman est partie. Cinq années entières. Et pourtant, certains jours, c’est comme si c’était hier. D’autres, au contraire, c’est comme si une vie s’était écoulée. Le temps est étrange.

Il y a encore tant de choses que j’aimerais lui dire, tant de moments qui sont restés suspendus, inachevés.

Il y a quelque chose de profondément injuste dans le fait qu’elle n’ait jamais connu l’homme que j’aime. Elle est partie avant qu’il n’entre dans ma vie, avant qu’il partage mes joies, mes doutes, mes silences. Parfois, ce manque-là me serre le cœur : j’aurais voulu qu’elle voie comme il me regarde, qu’elle entende son rire, qu’elle devine qu’il m’apaise. Je suis certaine qu’elle l’aurait aimé. Alors, souvent quand je parle de lui, je lui parle aussi à elle, comme si elle était encore là, près de moi. Je sais qu’elle aurait vu ce que je vois en lui : sa bonté discrète, sa tendresse silencieuse, sa façon de m’aimer intensément. Parfois je lui parle à haute voix et je lui dis : « Tu vois maman, il est là et il me rend heureuse. »

J’aurais aussi aimé lui montrer mes toiles, voir ses yeux pétiller devant une nouvelle couleur, entendre son rire éclater autour d’un café. J’aurais voulu qu’elle voie mes filles grandir, qu’elle soit là pour ces petits instants du quotidien. Elle me manque dans les choses simples. Dans les gestes. Dans la lumière d’un matin ou le parfum d’un plat qu’elle aimait.

Il y a encore tant de choses que j’aimerais lui dire, tant de moments qui sont restés suspendus, inachevés.

– Laure Garcia

Les souvenirs d’été, trésors du cœur

Elle est partie pendant l’été, une saison qui nous rassemblait, chaque année. Nous avions nos habitudes, notre coin de paradis, notre refuge. Quarante ans de souvenirs d’été, et autant d’images ancrées dans ma mémoire. Les souvenirs me reviennent souvent, comme des bouffées d’air salin au cœur d’une journée chargée. Tous ces matins au bord de la mer. Ce vent qui jouait avec mes cheveux, et nos pieds qui s’enfonçaient dans le sable chaud. Ses yeux rieurs d’un vert océan qui me regardaient et qui savaient me déchiffrer. On riait pour rien, on partageait tout. Je me souviens de ces coquillages que je ramassais dans son sillage comme si c’étaient des trésors pour lui confectionner collier, vide-poche, cendriers… Elle me regardait avec ce regard plein d’amour. Ces moments-là, je les garde précieusement. Ce sont mes petites bouteilles lancées à la mer du temps. Les souvenirs sont les pinceaux de l’âme, dit-on ; ils peignent les visages de ceux que l’on ne voit plus.

Sa présence dans mes couleurs

Et puis, il y a les jours où je peins, et où je sens sa présence, douce, silencieuse, presque palpable. Comme si, par les couleurs, je recousais un fil invisible entre elle et moi. Elle m’a transmis cet amour des choses belles et simples, cette capacité à voir le monde avec tendresse, à chaque instant. Elle est là, dans chaque éclat de rouge vif, dans chaque regard que je dessine. Elle vit dans ma peinture. Elle vit en moi. Parfois j’ai l’impression qu’elle n’est plus là pour me prendre la main, mais que c’est elle qui me guide et tient mon pinceau, car peindre c’est aussi lui parler en silence.

Le temps passe, oui. Il m’a changée. Il m’a rendue plus forte, peut-être, plus sensible sûrement. Il m’a appris à apprécier l’instant, à aimer sans attendre, à dire « je t’aime » plus souvent.

Aujourd’hui, je choisis de ne pas courir après le temps, mais de l’accompagner. On ne peut le retenir, il file quoi qu’il en soit. Alors, j’ai choisi de le vivre pleinement. Pour elle. Pour moi. Pour mes filles et pour cet homme merveilleux qui partage ma vie.

Alors oui, le temps passe. Il emporte des saisons, des souvenirs, des visages… mais il n’efface rien de ce qui a compté vraiment. Et toi, maman, tu continues de vivre en moi. Dans mes gestes, dans mes choix, dans les couleurs que je dépose sur mes toiles. Tu es là, discrète et présente à la fois, dans chaque battement de mon cœur de maman, de femme, de fille. Tu me manques, chaque jour, différemment.

Tu resteras toujours mon fil invisible, mon ancrage tendre, ma lumière silencieuse. Je t’aime, maman.

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